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Lorsque j'étais une oeuvre d'art -- Eric-Emmanuel SCHMITT

 

Lorsque j'étais une oeuvre d'art
de Eric-Emmanuel SCHMITT


Un jeune homme désespéré et un artiste excentrique signent un pacte diabolique. Variations sur un mythe éternel


Les pactes avec le diable ont toujours séduit les écrivains: donne-moi ton âme et je t'offrirai ce que tu désires, gloire, amour ou éternité... Bien avant Goethe ou Lenau, le mythe de Faust a tourmenté les poètes et les romanciers, et il existe, aujourd'hui encore, d'habiles littérateurs de corde pour lui donner une nouvelle jeunesse. Eric-Emmanuel Schmitt joue depuis toujours avec les mythes fondateurs: que ce soit au théâtre ou dans ses romans, il les triture, les dépouille, les relooke, puis les tend à ses contemporains comme une série de miroirs, à peine déformants, où l'on voit avec un frisson d'horreur se refléter des démons que l'on croyait disparus.


Mais, si Méphistophélès devait choisir sa victime à l'aube du XXIe siècle, il arracherait au suicide un jeune homme au physique ingrat accablé par le sentiment de ne pas se retrouver là où le discours de l'époque exige que l'on se tienne: dans les apparences. Il opérerait alors sous les traits de ce que l'époque a consacré: un artiste extravagant et bouffon dont les sculptures sur paille, peintures sur savon noir et autres gribouillis délirants rapportent en un jour le salaire à vie d'un professeur.


Que faire, donc, lorsque l'on est conscient d'être laid, bête et malchanceux? Offrir son corps à Zeus-Peter Lama, cet artiste génial, bien sûr! Et voici notre désespéré qui signe avec son bienfaiteur un pacte par lequel il renonce à la vie et se laisse métamorphoser... en œuvre d'art. De sujet, le malheureux devient objet. Sa cote s'envole. On l'expose dans les endroits les plus branchés du globe. Jusqu'à ce qu'un tout petit état d'âme, un minuscule regain de conscience vienne gripper la diabolique machine. Plus qu'un véritable roman, Schmitt signe un conte moral aussi dérangeant que divertissant. On y trouve matière à une réflexion profonde et urgente sur le statut de l'œuvre d'art, sur la nature du vivant, sur le pouvoir exorbitant du droit, mais aussi sur le discours absurde d'une société qui a érigé la reconnaissance, la jeunesse et la beauté en valeurs universelles. Désespérément lucide.

par François Busnel

(Source: L'Express livres)



Mon avis:
Une réflexion sur la beauté, la condition humaine, la vie, la célébrité, le snobisme inculte, et l'homme en lui-même.
Les personnages semblent être fous ; Comment peut-on considérer un homme comme un objet juste parce qu'un document est signé ? Comment peut-on donner son humanité ? Comment le monde peut-il applaudir le travail d'un fou qui s'amuse à défigurer la chair ?
Mais derrière ces extravagances de l'auteur, il faut y voir une critique de la société. une société qui prêche la beauté et perd ses valeurs les plus anciennes.
Notre héros, Tazio, fini par se demander s'il est préférable d'être un objet admiré par tous ou être un homme des plus ordinaires.
Peut-on y voir une question qui concerne nos "stars"? Sont-elles aussi des œuvres d'art ambulantes qui perdent leur humanité? Qu'elles sont les limites à ne pas franchir?

Une phrase que j'aime beaucoup dans le livre : "Ce matin, pour la première fois, j'avais l'impression d'avoir mon rôle, moi aussi. Des êtres avaient besoin de moi, des vivants comme des morts. Qu'ai-je d'irremplaçable? Ça. Mes pensées. Mes soucis. Mes attachements. Mes amours".

Je pense que c'est un livre qui nous fait comprendre que notre vie n'a pas de prix, et qu'il faut s'accepter soit même. Tout le monde peut trouver son bonheur, mais l'homme à tendance à se faire du mal et à se rendre malheureux.
Parfois, j'ai levé les yeux des mes pages, j'ai regardé autour de moi, le sourire aux lèvres.

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